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Iulia Badea-Guéritée, candidate en première instance

L’art de pousser les portes

Lulia a beaucoup de qualités, mais il y en a une qui lui a rendu de grands services depuis sa tendre enfance: le toupet. « Je ne recule devant rien, dit-elle. C’est la meilleure façon de provoquer la chance ». Et son parcours depuis 43 ans en est une belle preuve. Née en Roumanie en 1972, elle devient journaliste un peu par hasard. Pour payer ses études de littérature et de droit, elle travaille à l’ambassade de France à Bucarest, et rencontre à cette occasion un groupe de Français qui l’invite à passer un mois à Paris. Elle a 20 ans et débarque sur les bords de Seine, nantie d’une lettre que lui a signée juste avant de partir un jour- nal roumain. Cette lettre lui sert de sésame pour pousser toutes les portes : les coulisses de Roland-Garros, le Louvre, le philosophe roumain Emile Cioran qu’elle rencontre trois ans avant sa dis- parition dans le studio mansardé qu’il occupe avec sa femme à deux pas de l’Odéon. « Un grand moment », se souvient-elle.

Ses récits et ses reportages parisiens font le bonheur des lecteurs de la Gazeta de Transilvania. À tel point que dès son retour au pays, elle est recrutée comme journaliste. Mais les sirènes de la France la rattrapent. En 1999, elle revient à Paris avec la ferme intention d’intégrer la rédaction d’un grand journal. Les portes restent closes ? Qu’à cela ne tienne : Lulia se fait embaucher comme hôtesse d’accueil au siège du groupe Express-Expansion et profite de chaque temps mort pour écrire. Coup de chance en 2006: le directeur adjoint de la rédaction de l’Express Christophe Barbier passe devant elle. Intrigué par ce qu’elle écrit, il lit le papier qu’elle vient de terminer. C’est une enquête sur les conditions de vie des Roumains travaillant en France. La semaine suivante, le papier est publié dans L’Express, et recevra la même année le prix Louise Weiss décerné par l’Association des journalistes européens. Un passage d’une année à l’école EMI- CFD pour se former au multimédia, et sa carrière est lancée. Lire, Réforme, Courrier International, Presseurop.eu… Lulia est appréciée dans tous les titres qui l’embauchent. En 2011, elle adhère au SNJ et se fait élire au comité d’entreprise de Courrier International. « À l’époque déjà, dit-elle, le journal traversait une période difficile avec un changement de directeur et la mise en œuvre d’un plan social ». En pointe dans son entreprise, elle s’engage aussi dans l’équipe du SNJ Ile-de-France où elle choisit de s’investir dans la formation et l’insertion des journalistes.

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Sa candidature à la Commission de la carte, Iulia la justifie ainsi: « A chaque moment important de ma vie, j’ai su trouver une aide efficace. Maintenant, c’est à mon tour d’aider. Je sais ce que la carte apporte aux journalistes, notam- ment aux jeunes, dans l’accomplissement de leur travail et dans la recon- naissance de leur statut ». Iulia se souvient du rôle déterminant qu’avait joué la lettre de son journal roumain, l’année de ses vingt ans, pour réaliser ses repor- tages parisiens. « Ce n’était qu’une feuille de papier… Pas la carte de presse. Et pourtant, sans cette lettre, aurais-je pu accomplir tout ce que j’ai fait depuis? ».

Olivier SAMAIN

© Photo collection SNJ