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Claude Cordier, candidat en première instance


PORTRAIT 2012

Claude Cordier, l’honnête homme

Celle-là, il assure qu’il ne s’en souvient pas. Lorsqu’il s’est présenté pour la première fois au Bureau national du SNJ, en 2003, Claude l’a jouée « j’ai vu de la lumière, je suis rentré ». Nul mysticisme ici. Surtout quand on est le dernier d’une famille de sept dont le père, directeur d’école, adjoint de Charles Hernu à Villeurbanne, est un ardent militant laïc. Non, ce que Claude pointait, c’est qu’il n’a jamais eu d’ambition syndicale forcenée. Que chacun de ses mandats a été le fruit des circonstances. Surtout pas d’une volonté de se retrouver au premier plan. C’est un peu pareil pour le journalisme. S’il y avait eu des désistements pour l’Ecole normale, lui qui était deuxième sur la liste de rattrapage serait devenu instit. Ce sera Science Po. Avec en parallèle une collaboration au Point du Jour, quotidien engagé à gauche qui a eu la mauvaise idée de se lancer… au moment de la rupture du programme commun. L’étudiant (déjà) syndiqué est repéré par Le Progrès. Il y pige deux ans, obtient sa carte de presse et est viré. Pas question pour le patron de payer des journalistes comme tels.

Claude va ainsi voir du pays. L’Union de Reims où il ne s’adapte pas assez au climat pour supporter de gros flocons de neige… un 25 avril – il n’a pas oublié la date. Direction l’Ardèche. Rédacteur en chef de La Chronique d’Annonay, un hebdo qui se lance… pour huit mois.

Cette fois, c’est décidé, il veut troquer la plume pour le micro. Claude postule à Radio France. Le concours ? Facile. « Je répète devant ma glace ». On est en 1984, la belle époque radiophonique. Les locales se créent dans le service public. Grenoble, Valence, Avignon, Nice, Mont-de-Marsan, Bayonne : il enchaîne les CDD avant d’être intégré dans sa ville natale. Ouf. La vue sur Fourvière manque à cet invétéré Lyonnais. Là encore, période faste : entre les deux journaux locaux et les quatre éditions lyonnaises ou régionales des nationaux, la matière ne manque pas pour sa revue de presse quotidienne, « un régal ». Pas pour tous manifestement. Elle doit être réduite à peau de chagrin. « On gueule, on en appelle au SNJ et on obtient gain de cause ».

CLAUDE CORDIER (G) JOURNALISTE A RADIO FRANCE AVEC MICHEL RIVET PATUREL JOURNALISTE AU JOURNAL LE PROGRES

200 journalistes en AG

Voilà comment débute son militantisme. DP, DS, secrétaire national du SNJ Radio France à partir de 1990… De ses 15 ans à la tête de la section, il retient évidemment les conflits sociaux car « ça n’a toujours marché qu’à la grève ». 1990 et 1994 pour les salaires et le « record » de 2004 : 18 jours d’arrêt et un moment fort : « l’AG de 11 heures qui rassemblait chaque jour deux cents journalistes ». Mais le meilleur souvenir demeure les quatre mois de négos pour les 35 heures avec 10% d’embauches. Soit 55 journalistes.

Une revue de presse malmenée l’a fait rentrer au SNJ mais finalement, « c’était naturel. Il m’était impossible de bosser sans une vision syndicale. Attention, je ne suis pas là pour renverser la table. Je suis un pragmatique, un adepte du grappillage. Dans une négo, pour moi il faut voir ce qu’on gagne. Même si c’est peu. J’ai toujours signé pour du plus et rien d’autre ». On peut ne pas partager cette conviction. Claude apprécie le débat. D’autant que l’orateur possède la clarté, la concision et le tranchant des gens de radio. Mais s’il y a quelque chose qu’il n’aime pas, c’est que l’on mette en doute l’honnêteté avec laquelle il agit. D’un point de vue syndical ou professionnel. Pour lui, c’est même le terme qui doit caractériser un journaliste, plutôt que l’objectivité dont on rebat les oreilles des médias. « Autonome dans un syndicat autonome », il n’est pas pour autant corpo. « Au-delà des journalistes, on défend tous ceux avec qui on travaille ». Comme il l’a montré lorsque Radio France Lyon a fermé.

La « pâte humaine » de la CCIJP

Ce sont les mêmes valeurs qui l’animent à la Commission de la Carte. Correspondant régional de 2000 à 2006, élu en première instance depuis, il retrouve rue La-Fayette l’expérience des commissions paritaires de Radio France. « Tu travailles sur de la pâte humaine. Le pigiste pour lequel il faut se battre afin qu’il garde sa carte car il gagne à peine ce qu’il faut. On sait que s’il la perd, il ne peut plus bosser. On est aux premières loges pour voir se précariser la profession. Radio France n’est pas épargnée, loin s’en faut, mais c’est plus insidieux. Les journalistes qui n’y trouvent plus de boulot, on ne les voit plus. Ce sont eux que l’on retrouve à la Carte ». C’est pour continuer à les défendre que Claude conduit la liste SNJ aux élections. Avec la perspective, si les électeurs le décident, de présider la première instance. Si on lui avait dit ça lorsqu’il a vu de la lumière à la CCIJP et qu’il y est rentré…

Alexandre Buisine


Le Journaliste – 1e trimestre 2012 – supplément

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